Histoire

 

(D'après les documents de E. Lefèvre)

cartecassini

Hartencourt

Berceau de la commune

Au début, il y eut Hartencourt !

En effet, Hartencourt, établie sur la rive gauche de l'Eure, paraît avoir été le berceau de la commune. Appelée Hatencort puis Hatencourt, Hartencuria (1348), cette bourgade perd sa suprématie au profit de la cité de Nant autre bourgade -établie sur la rive droite de l'Eure- dont les habitants se groupent autour de l'église et du château

. Une colonie de Normands s'était en effet installée sur l'autre rive de l'Eure et avait continué de prospérer puisqu'au XIIIè siècle, on dénombrait déjà 9 moulins, 1 château et une église.

Ainsi, Nantum détrôna-t-elle Hartencourt !

Au Moyen Age, c'est la famille Cholet -seigneurs du village- qui domine St Luperce. Au 17è siècle, le château change fréquemment de propriétaires et ce n'est qu'à partir de 1738 qu'il reste la propriété de la même famille : celle des du Cluzel.

Les du Cluzel appartenaient à une vieille famille du Périgord. Se succèdent donc Léonard, son fils François-Pierre puis Thérèse qui épouse son cousin Antoine-Marie du Cluzel. Leur fille épouse Frédéric de Mérode (maire de St Luperce en 1828) puis devenue veuve elle se remarie avec Charles de Cossé-Brissac, marquis de Cossé, arrière grand-père de l'actuel comte Charles-Louis de Cossé.

Le 19è siècle est une période politique agitée : on passe de l'Empire à la Royauté et après un détour par quelques Révolutions, une République, un Empire2, la guerre de 1970, la France s'installe pour un bon nombre d'années en République 3 ! Et pendant ce temps-là, les Elus de Saint-Luperce doivent prêter serment tantôt au Roi, tantôt à l'Empereur. Il faut savoir s'adapter !!

En consultant les registres de délibérations des conseils municipaux du 19è siècle, on constate que le village dont l'activité principale est l'agriculture, évolue cependant avec les progrès techniques et les idées nouvelles de cette période.

Des documents attestent qu'au cours de la guerre de 1870, notre village subit l'occupation prussienne. En 1940, Saint-Luperce n'est pas épargné par la guerre, la débâcle de l'exode et l'occupation ! Mais son Maire, Maurice Dumais avec dévouement, courage et conviction a résisté aux envahisseurs et aidé tous ceux qui doivent fuir le régime nazi.

Arrêté par la Gestapo, il est fusillé par les Allemands le 30 mars 1944.

 

 

" UN HOMME, UNE EPOQUE "

A la mémoire de Maurice Dumais qui a donné sa vie pour la FRANCE et sa LIBERTE.

Situation de la France à partir de 1940

Nous sommes aux derniers jours du printemps de 1940. Dispersée par la retraite et l'exode, stupéfaite et prostrée après l'incroyable défaite, la NATION attend.

Voici venir l'été et les promesses de " L'ORDRE NOUVEAU " puis avec l'automne, la naissance officielle de la collaboration : les Français se réveillent donc tous " prisonniers ".

Ainsi pour certains, l'idée d'opposition à l'envahisseur se précisera de 1940 à 1944 ; ce qui les conduira d'une façon plus ou moins active vers la résistance : les uns rejoindront la France libre et les autres choisiront la clandestinité.

En 1942, c'est l'année noire de l'occupation et sur le pays pèse toujours la stupeur de la défaite. Il faut attendre 1943 pour que se répercutent dans le pays les retentissants échos des débarquements Anglo-Américains en Afrique du Nord et de la capitulation de la Wehrmacht à Stalingrad.

Maurice Dumais : un homme de courage

Maurice Dumais, lui, n'a jamais perdu confiance. Il a 55 ans en 1940. Maire de Saint-Luperce depuis 11 ans, agriculteur à la ferme de Mousseau, cet homme dynamique exerce des responsabilités au sein des organismes agricoles de l'époque.

Dès le début il s'oppose aux Allemands et au régime de Vichy : il refuse de placarder leurs affiches, il sabote les ordres de réquisitions, il ne serre la main d'aucun Allemand, il n'admet aucun contact avec les autorités de vichy et encore moins avec l'occupant. Il devient l'ami de Jean Moulin en juin 1940.
Dès septembre 1940, les premières pièces d'identité falsifiées, destinées à des familles juives et à des prisonniers algériens sortent de la Mairie de Saint-Luperce. Resté Maire dans la débâcle de l'exode, il se dévoue sans compter pour venir en aide aux malades, aux personnes âgées : aux plus démunis, il répartit le ravitaillement que lui fournit Jean Moulin.

Au cours de cette période, il reste en contact permanent avec le Préfet d'Eure et Loir, qui comme lui partage la certitude que rien n'est perdu et qu'il faut résister à l'envahisseur. Cette vue prophétique dans cette période de découragement et d'anéantissement frappe tous ceux qui rencontrent le Maire de Saint-Luperce.Quand en novembre 1940, il apprend la révocation de son ami Jean Moulin, le Maire de Saint-Luperce réunit son Conseil Municipal qui à l'unanimité, adresse au Préfet d'Eure et Loir sa plus vive sympathie et le félicite pour son dévouement.
En mars 1942, après une rencontre avec Paul Léger, responsable départemental des FTP, Maurice Dumais s'enrôle dans le Front National, organisation de Résistance qui rassemble dans notre région des hommes de toutes opinions politiques, des prêtres, des libres penseurs. Il prend contact avec le groupe de résistance de Courville animé par François Thoby et auquel appartiennent déjà Paul Espéret, Marcel Cartron et Jean Fromageau.
La ferme du Mousseau devient bientôt un centre de transit pour les résistants, les réfractaires au STO et un refuge pour les groupes de combat opérant dans la région. C'est aussi le lieu où, au cours de l'été 1943, sont préparés minutieusement, tant du point de vue technique que de la sécurité, les sabotages de la voie ferrée PARIS-BREST. Ces actions réussies vont à chaque fois retarder de plusieurs jours l'acheminement de matériel destiné au mur de l'Atlantique, le ravitaillement vers l'Allemagne et le transport des troupes.A cette époque, la Mairie de Saint-Luperce est une véritable officine de faux papiers. Les cartes d'identité et les tickets d'alimentation sont distribués par centaines aux nombreux réfractaires, aux prisonniers évadés cachés dans les fermes de la région. Des tracts, des journaux clandestins rapportés de zone libre par Maurice Dumais sont polycopiés par Roger Creuzot secrétaire de mairie. A la suite de ces actions et se sentant en danger, Maurice Dumais passe en zone libre.
Au début de janvier 1944, c'est le retour à Saint-Luperce : " Un chef n'abandonne jamais ses troupes. Le débarquement est proche. Il faut encadrer les réfractaires pour le grand combat. Je sais ce qui m'attend, mais mon devoir est là. " dit-il devant ses amis dans le bureau de l'Ecole. Depuis la fin de 1943, devant la recrudescence des actions de la Résistance, la Gestapo de Chartres réagit brutalement : elle est secondée dans sa sinistre tâche par l'inspecteur Denuzières et par Le Bauble, Préfet d'Eure et Loir, valet de Vichy, collaborateur servile qui fit venir dans le département les sections spéciales chargées de démanteler la Résistance.Les arrestations se multiplient

A Courville, dans la nuit du 20 janvier 1944, vers 23heures, la Gestapo, conduite par un traître, fait irruption chez Paul Espéret où se trouvent Paul Léger et Jean Fromageau : ces deux derniers réussissent à s'enfuir et à se cacher mais malheureusement Paul Espéret qui a manqué de promptitude est arrêté.Quelques heures plus tard, les Allemands investissent la ferme de Mousseau, toujours guidés par le même indicateur : Maurice Dumais est arrêté ainsi que trois réfractaires qu'il avait recueillis.
Le 21 janvier, Marcel Cartron est arrêté à Courville et Roger Saget à Saint-Georges-sur-Eure. Maurice Dumais comme ses camarades est incarcéré à la prison de Chartres : il est odieusement torturé pendant des jours, ses lunettes sont brisées et il ne voit presque plus étant atteint d'une forte myopie. Les tortionnaires de la Gestapo mettent tout en oeuvre pour tenter d'avilir l'âme de ces patriotes et briser leur énergie.
Dans la nuit du 8 au 9 mars, les 31 patriotes d'Eure et Loir sont transférés à Fresnes. Le 13 mars devant une cour martiale allemande commence le procès : face à ses juges, dans une fière et vibrante déclaration Maurice Dumais prend à sa charge toutes les responsabilités et demande que les jeunes soient épargnés. Le 15 mars c'est la condamnation à mort pour les 31 patriotes d'Eure et Loir.

Le 30 mars, dans la sinistre carrière du Mont-Valérien, sous la conduite de Maurice Dumais, tous mourront en Héros avec un seul cri : " POUR LA FRANCE "

 

 

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